La Constitution Conciliaire sur la Sainte Liturgie précise dans son chapitre sur la musique la raison et le sens des chants au coeur des célébrations. Comme tout ce qui se fait, s'entend, se montre, se dit, les chants sont aussi partie du "rite", ils sont un élément de l'agir symbolique. L'action rituelle est première dans le sens qui est signifié, bien avant la musique. Cela ne veut pas dire qu'il faut négliger la musique, bien au contraire mais elle doit toujours se situer dans sa relation à l'action liturgique qu'elle constitue ou qu'elle sert.
Premières lignes d'un parcours qui va traverser l'ensemble des chants de la célébration eucharistique, quelques mots sur le chants d'entrée.
Le chant d'entrée intervient dans le premier des cinq moments possibles pour un chant appelé "processionnel" (ouverture, entrée de la croix, entrée du Livre, de l'évangéliaire et procession des offrandes). C'est le premier rite de la messe: "Lorsque le peuple est rassemblé, tandis que le prêtre entre avec les ministres, on commence le chant d'entrée" (PGMR 25*)
Ce chant comporte 4 fonctions rituelles (PGRM 25)
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ouvrir la célébration
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favoriser l'union des fidèles assemblés
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introduire leur esprit dans le mystère du temps liturgique ou de la fête
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accompagner la procession du prêtre et des ministres
Ouvrir la célébration:
Ouverture de la célébration et ouverture des rites d'ouverture qui se concluront avec la prière du prêtre qui préside. Avec ce chant, on entre dans la célébration. Il est alors important que la transition entre ce que se passait avant et le début de ce chant soit signifiée, par exemple en allumant les lumières et en se mettant debout.
Favoriser l'union:
Avant le chant, chacun a trouvé une place, aperçu et salué telle connaissance ou ami, s'est installé en silence ou en échangeant avec un voisin. Ce moment est un regroupement qui se manifeste par la juxtaposition des personnes dans un même lieu au même moment. Jusqu'au chant d'entrée, chacun a agi individuellement. Pour progresser vers l'union, en gardant la richesse de toutes les individualités et de leurs différences, il s'agit de faire quelque chose en commun. Faire retentir la même voix est signe et action d'unité, même si tous ne chantent pas, l'assemblée qui va célébrer se constitue par l'action de remplir l'espace sonore d'une diversité de timbres simultanés. Il est important de favoriser cette richesse en choisissant un chant connu et que l'assemblée puisse chanter en partie ou en totalité.
Introduire l'esprit dans le mystère:
Le chant unit les voix par la mélodie et les rythmes, mais aussi avec des paroles qui vont permettre d'aider à orienter les esprits. Elles ne peuvent être des paroles qui vont expliquer puisque les textes du jour n'ont pas été entendus, mais elles vont donner une orientation qui va permettre à chacun de se "tourner vers" et de s'y tourner ensemble. Il est important de choisir un chant d'entrée dont les paroles renvoient au sens du mystère célébré de manière compréhensible à quelqu'un qui n'a pas encore lu ou entendu les textes du jour.
Accompagner la procession:
Enfin, le quatrième aspect rituel est "d'accompagner la procession du prêtre et des ministres". C'est cet aspect qui le qualifie comme chant processionnel. La procession elle-même sera réalisée par quelques personnes, le célébrant qui traverse l'assemblée, ou par un grand nombre -catéchumènes, communiants...,elle sera courte ou développée -encensement de l'autel..., mais dans tous les cas la durée du chant d'entrée sera adaptée à l'existence de la procession pour manifester visiblement sa fonction rituelle d'accompagnement. Il est important de choisir un chant qui puisse être prolongé ou arrêtre en fonction de la durée réelle de la procession.
Entrée ou ouverture
Le mot entrée est imprécis. Il peut désigner soit l'action physique de rentrer dans le lieu de culte, soit le début de la célébration. La première fonction rituelle du chant d'entrée qui est d'ouvrir la célébration ne doit pas occulter la fonction d'accompagnement de la procession. Cette procession est constitutive de l'ouverture de la messe avec peuple (PGMR 82). Elle existe toujours, mais elle est parfois embryonnaire. Parmi les différents éléments possibles, cierge des ministres, encens, lectionnaire, le symbole le plus important sera celui de la croix de procession qui donne sens à la procession et au rassemblement. Le silence qui suivra la fin du chant d'entrée amplifiera symboliquement l'invitation à entrer ensemble en célébration.
La forme du chant processionnel
Trois formes principales sont bien adaptées au chant processionnel. La première est la forme litanique, éventuellement combinée avec la forme strophique avec refrain. Elle permet de garder la force d'alternance entre des prières brèves chantées par un ou plusieurs chantres et l'adhésion de toute l'assemblée. La seconde forme est le tropaire qui permet un développement riche de diversités entre un petit choeur, des solistes et l'assemblée. Composée d'une stance chantée par la chorale ou un petit choeur, d'un refrain chanté par l'assemblée et de versets pris par les solistes, cette forme permet d'exposer le mystère de manière plus développée que dans la forme litanique. Enfin, la troisième forme, la plus usitée, est celle du cantique à refrain. Alternance entre la chorale ou des solistes qui chantent les couplets et l'assemblée qui reprend le refrain, la dynamique de ces contrastes sonores assure la compréhension dumouvement de la procession d'entrée.
Les autres formes, sans être exclues, sont moins bien adaptée car en général plus statiques que processionnelles.
Enfin, soulignons que nombre de pièces de musique sacrées consiste en des morceaux de chants destinés à être interprété "pour eux-mêmes". Dans les cas où on les utilise à l'entrée d'une célébration, ce sera comme "ouverture musicale" ou comme "musique de fond" pendant une procession festive. C'est une solution intéressante pour tous les cas où l'assemblée ne peut pas participer au chant d'entrée.
Entrée et ouverture, ouvrir - favoriser l'union des fidèles assemblés
- introduire esprit dans le mystère - accompagner la procession,
les quatre aspects rituels qu'il comporte doivent guider le choix du chant d'entrée.
Texte, musique, forme musicale et mise en oeuvre sont au coeur de l'agir symbolique
rituel de ce premier moment de la messe.
L. Patrice BUGEAT
*PGRM: présentation générale du Missel Romain
Pour en savoir plus: Les chants de la Messe dans leur enracinement rituel de Joseph Gélineau aux éditions du Cerf